Aspergerités

Les conséquences du diagnostic

Quand j’ai commencé à chercher de l’aide, c’est parce que j’avais atteint mes limites. Je ne voyais pas comment je pouvais continuer par mes propres moyens et je commençais à comprendre que ce serait impossible.

Je pensais clairement à ma survie dans ce monde, réussir à vivre en société et à m’adapter, mais en aucun cas j’avais songé à l’effet que ça pourrait avoir sur ma propre personne.

Durant un exercice du pré-diagnostic, je me suis retrouvé en difficulté. J’étais nez à nez avec mon problème. Et lorsque j’ai commencé à me renseigner sur internet à ce sujet je suis tombé sur de nombreux articles sur l’autisme. C’est à ce moment là que j’ai compris que c’était vrai. Le diagnostic officiel est tombé très peu de temps après.

Pour me réconforter et chercher des réponses, j’ai lu une dizaine de livres sur l’autisme, regardé des documentaires, des articles, des vidéos youtube…

C’était un soulagement car j’ai pu enlever beaucoup de culpabilité, mais ce fut aussi difficile d’accepter que je ne serais jamais normal. Je commençais à repasser toute ma vie en revue, en faisant des liens, en comprenant mes comportements et ce qui avait pu m’arriver dans l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. J’étais prisonnier d’une sorte de « mise à jour de mon cerveau ».

Aussi, il y a eu un fort relâchement. Car toute ma vie je voulais prouver aux autres que je n’étais pas nul. J’étais très difficile avec moi-même. Je me forçais à faire des choses pour être comme tout le monde. Maintenant je sais que je n’ai plus rien à prouver à personne. Je comprends que mon autisme ne pourra pas me défendre du jugement négatif mais au moins je pourrais connaitre mes failles et avoir confiance. Et puis comme si mon apparence passait au second plan temporairement, j’ai ralenti le sport et pris du poids.

Depuis 2ans déjà j’arrêtais progressivement une passion que j’avais depuis 15ans. J’avais même fait des études dans ce domaine. Actuellement je l’ai totalement lâchée. Ça me fait un peu peur car j’avais construit mon identité dessus.

Certaines de mes convictions sont parties en fumée. Comme si ma structure mentale s’effondrait. Ce n’est pas négatif. Même si je suis un peu perdu et fragilisé, je vois des ouvertures, de nouvelles perspectives. Une réalité différente : des choses que je ne voyais même pas, que je ne pensais pas même exister.

C’est un peu comme si ma vie perdait tout son sens, et que je devais lui en trouver un nouveau. Bien sûr, j’ai toujours ma principale passion qui est là et qui continue à me nourrir. Mais je me sens bouleversé, au crépuscule de mon ancienne vie. Je ne suis pas triste, mais une page se tourne.

J’avais lu qu’un diagnostic tardif accélère le processus d’individuation. Peut-être qu’actuellement j’accepte une certaine part d’ombre de moi-même que j’avais préféré renier jusqu’alors.

 

Aspergerités

On est tous un peu autistes

On m’a suggéré de m’inscrire sur différents forums et salons de discussions relatifs au syndrome d’Asperger. Après un certain temps j’ai remarqué plusieurs situations redondantes.

 

Des gens qui doutent mais qui n’ont pas le courage de passer un diagnostic.

C’est compréhensif, ils ne sont sans doute pas prêts à se faire violence. C’est paradoxal car un autiste a des difficultés à communiquer et à chercher de l’aide. Pourtant à un moment, quand ce n’est plus possible d’avancer, il faut chercher des solutions quitte à souffrir. Pour ma part, j’étais réellement dans le déni. Je savais depuis toujours que j’avais un problème mais je pensais pouvoir m’en sortir seul en contournant mes difficultés. Ce n’est qu’à un certain âge que j’ai compris que « ça » ne viendrait jamais et que je ne pourrais pas vivre ni me débrouiller comme tout le monde. Et même là je pensais avoir autre chose (HQI). J’ai fait confiance aux professionnels qui m’ont réorienté. Grâce à ce diagnostic j’ai trouvé dans mes lectures sur le sujet de nombreuses explications sur mes propres comportements.

Je conseillerais à toutes les personnes dans cette situation de chercher des réponses à leur mal-être en commençant de réelles démarches médicales. Les tests bidons et les documentations sur le net ne valent rien tant que vous n’aurez pas l’avis des gens dont c’est le métier, qui ont de l’expérience et qui sont là pour vous aider.

 

D’autres qui ont passé les tests et qui sont déçus de ne pas être Asperger. Ils disent « mais pourtant je me reconnais dedans… ».

Je ne suis pas un pro donc je dis peut-être des bêtises. Depuis la nouvelle classification on parle maintenant de « troubles du spectre autistique ». Pour faire comparaison, prenons par exemple les narcissiques. On est tous un peu narcissiques. Et pourtant ce n’est pas pour autant qu’on a tous des troubles de la personnalité narcissique… C’est pareil pour l’autisme : on peut avoir des traits plus ou moins marqués, mais si ceux-ci ne bloquent pas l’évolution de la personne en société ou ne dégradent pas sa santé psychologique, pourquoi parlerait-on d’un trouble ? Je pense qu’il est primordial de garder en tête la notion de soin. Certains semblent ne vouloir chercher qu’une étiquette dans leur quête d’identité…

Après, les professionnels de la santé ne sont pas infaillibles : le sujet n’est pas connu de tous, et ils ne sont pas non plus dans la tête du patient. Si celui-ci a lu des dizaines d’ouvrages sur le sujet, si ses proches confirment ses craintes et s’il est sûr de lui, il peut chercher d’autres professionnels pour avoir d’autres points de vue.